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Métro, boulot, dodo (placard d'usine), h/t 53x33, 1974.

 

 

CLAUDE YVEL

REALISME ETTROMPE-L’ŒIL

Entretien avec Nathalie Meil

 

 

Nathalie MEIL — On éprouve toujours un malaise devant un trompe-l’œil. Un air de vrai et de faux à la fois. On n’est pourtant jamais durablement trompé, mais même après avoir compris ce qu’on a vu, on ne sait pas comment on a été trompé.

 

Claude Yvel — Le trompe-l’œil c’est voir avec une vision de borgne des objets dont on perçoit normalement deux images.

Quand on regarde un objet en trois dimensions dans la nature, chaque œil perçoit en même temps une image différente. Dans la peinture, objet en deux dimensions, ces deux images sont identiques et se recouvrent. Par le rendu des valeurs, le peintre doit surmonter l’impossibilité de rendre les objets par la vision binoculaire. Là est toute la difficulté du trompe-l’œil : mettre en relief une

chose parfaitement plane. Le trompe-l’œil est une mise en condition qui amène à prendre l’objet représenté pour l’objet véritable. Le tableau dans son entier semble réalité. Il n’est plus une toile peinte. C’est fascinant de penser qu’à un moment donné on peut être trompé, mais on ne l’est pas longtemps, puisqu’en l’absence de la double image, on identifie un objet plat. Moins les objets ont d’épaisseur, plus l’effet peut durer. Il faudrait être borgne pour que l’illusion dure un peu plus. Sans complaisance on ne peut pas croire au trompe-l’œil.

Une critique fréquente faite à cette peinture est de dire : « C’est une copie. » Pour copier la réalité il faudrait faire un moulage des objets comme le font les sculpteurs hyperréalistes américains, puis le peindre dans leur couleur réelle. Ce serait là une copie. Puisqu’on représente sur une surface plane trois dimensions, c’est forcément une interprétation. Paradoxalement, le réalisme est la pointe de l’abstraction. Quand les gens disent : « C’est la réalité », en fait ce n’est qu’un reflet de la réalité.

 

N.M. — Il y a une peinture de trompe-l’œil ?

 

C.Y. — Oui, et ce fut la forme la plus méprisée. Pour le XVIIIe siècle qui classait les genres de peinture, le trompe-l’œil était le sous-genre de la nature morte, rabaissé au niveau de la peinture d’enseignes. Par tradition, on considère toujours le trompe-l’œil comme un travail d’artisan. En 1959, André Thérive écrivait à mon propos : « Nous ne parlons pas de la minutie plus qu’habile, qui fait imiter une étoffe, un papier de tenture, une boiserie, et qui ferait de lui un spécialiste du trompe-l’œil, s’il daignait. » Ce qui m’a peut-être motivé, c’est que le genre fût décrié.

...

 

 

LIRE LA SUITE DANS LE NUMERO 11 (Cf. Bulletin d'abonnement / de commande) 

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