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L’identité de l’artiste

entre statut et pratique

 

François DERIVERY

 

 

Aucun artiste qui n’ait vécu un traumatisme lié à une rupture avec son milieu d’origine, ce traumatisme ayant décidé de sa « carrière » ou l’ayant orienté vers cette activité très particulière qu’est la pratique artistique. Posons cette hypothèse.

Impossible par ailleurs d’éclaircir les notions d’ « artiste » ou de « carrière d’artiste » sans se référer à une notion centrale, au reste de plus en plus évacuée, celle de pratique artistique.

D’après le Robert : « Comme “art” lui-même  “artiste” a un contenu incertain ». Contenu incertain mais néanmoins opératoire : « l’art », « l’artiste » existent à travers des pratiques et des objets qui sont déchiffrables. Il se trouve que la mise en avant d’une « indécidabilité » ou encore d’une « transcendance » de l’art — termes idéologiquement apparentés — sert en général à occulter son instrumentalisation politique, pour préserver en particulier les intérêts de la dernière formule officielle en date.

 

Le traumatisme historique

Ce qu’Yves Eyot appelle « demande esthétique » est inscrite dans les gênes de l’humanité. Il en a décrit les premières manifestations dans les objets de parure du paléolithique (1). Dans les sociétés préhistoriques et traditionnelles le fabricant d’images fait partie du groupe au même titre que le chasseur ou le façonneur d’outils. Apparaissent par la suite des corporations au sein desquelles, jusqu’à la Renaissance, le travail de l’artisan — sculpteur, peintre, verrier… — s’effectue au sein de structures collectives organisées (2). Il n’y a pas d’« artiste » au sens moderne et individuel — individualiste — du terme.

Une rupture décisive se produit à la Renaissance, d’abord en Italie, quand le prince en quête de prestige entre en guerre contre le pouvoir et l’indépendance des corporations et débauche leurs meilleurs éléments pour les prendre à son service. Dès lors la production artistique, comme la commande elle-même, se privatise. Le peintre ou le sculpteur séparé de la corporation devient le Maître. Distingué par le prince il accède à un statut social privilégié.

Ainsi s’amorce le progressif oubli et le refoulement de l’origine et de la fonction collectives du travail artistique. Le concept de ce qui n’est pas encore « l’art » se précise, se dégageant d’une fonction illustrative traditionnelle à mesure que le nouveau statut du maître place ce dernier au-dessus de l’artisan. Mais le maître est matériellement et moralement dépendant de ses commanditaires (princes italiens, bourgeois flamands…) qui orientent sa production. Prix de son accession à sa position éminente, il devient un instrument politique.

...


notes

1. Yves Eyot Genèse des phénomènes esthétiques

2. Cf. F. Derivery Art et travail collectif, E.C. éditions, 2001.

 

la suite dans le numéro 12

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