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Claude Rédélé

 

 

Les artistes plasticiens sont aux premières loges pour constater et subir l’emprise financière sur l’art.

Fragmentaires, tendancieuses ou contradictoires, chaque jour les informations nous parviennent dans le désordre : finances, économie, politique, médias, culture, mode et finalement art.

La récente campagne pour les élections régionales a complètement ignoré la problématique culturelle, qui est pourtant au centre de la société.

En organisant ces informations le schéma ci-joint s’est, en quelque sorte, dessiné de lui-même.

Il se propose de rendre visible la complexité des problèmes, leurs liens et, pourquoi pas, de servir de grille de lecture pour les informations à venir, au besoin en le complétant ou en le prolongeant.

Ce schéma global nécessite un tel élagage des détails qu’il peut apparaître hors réalité voire naïf. Il peut malgré cette distance au réel — ou grâce à elle — permettre d’organiser entre eux certains principes d’explication plus ou moins disparates que nous avons en tête, de leur attribuer un ordre d’importance et un sens plus évident, ou d’en dégager une cohérence non formulée jusque-là. Voici donc la description de ce schéma et son mode d’emploi… à vous de jouer !

 

 

SCHEMA  n°1-a : Cercles de domination concentriques de l’extérieur vers l’intérieur 

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1 — Le cercle financier (n°1) : cercle extérieur, actuellement dominant

 

Le pouvoir des financiers ne date pas d’aujourd’hui mais les années 80-90, qui ont vu entre autres : l’échec d’un socialisme en U.R.S.S., la Chine communiste livrée aux vertus du capitalisme et surtout la totale liberté laissée par les politiques au trafic financier mondial (fin des accords de Bretton Woods, dollar déconnecté de l’or, liberté des taux de change, etc.) [1]*, ont permis au pouvoir néolibéral de régner sans partage, sans limites et sans alternative apparente en annonçant la « fin de l’Histoire ».

Ce pouvoir abat systématiquement tous les obstacles qui s’opposent à son expansion horizontale : frontières, souveraineté des Etats-nations, volontés populaires, etc.

mais également les obstacles qui freinent son expansion verticale, par la marchandisation de TOUTES  les activités humaines, matérielles, intellectuelles par la privatisation de l’ensemble des richesses naturelles, par l’appropriation des biens communs (patrimoine) de l’humanité et même du vivant, A.D.N. compris !, par la pratique du brevetage.

Ainsi, à l’intérieur de ce cercle aveugle, les catastrophes sociales ou culturelles, naturelles ou provoquées, deviennent des aubaines, des occasions de profits, autrement dit, pour parler finances, des « opportunities ». [2]*

 

 

 2 — Le financier (n° 1) dicte l’économique (nos 2 et 3)

 

La vie et la finalité des entreprises sont soumises aux résultats financiers ou boursiers à court terme — pour alimenter la course aux dividendes des actionnaires, les bonus des traders, les parachutes dorés, etc. Ce n’est plus seulement sa production mais l’entreprise elle-même qui devient une marchandise jouée en bourse.

Les transactions financières représentent plus de 50 fois les transactions de l’économie réelle dans le monde !

L’accumulation infinie du capital exige une croissance accélérée de l’économie par la création constante de besoins superflus grâce à la publicité et l’entretien des frustrations par l’étalage du luxe (cf. le cercle de la surconsommation et de la surproduction n° 2).

Par contre, elle n’assure pas les besoins vitaux ou simplement nécessaires mais non rentables, par exemple en provoquant la pénurie dans les pays du Sud ainsi qu’en démantelant les services publics et en détruisant les productions traditionnelles au détriment des équilibres écologiques et sociaux (cf. le cercle de la sous-consommation et de la sous-production n°3). [3]*

 

 

3 — Le financier et l’économique (nos 1, 2 et 3) dictent le politique (n° 4)

     

Sans projet de société les « responsables » politiques en sont réduits à être « réalistes »,  en clair à gérer l’économie en se soumettant aux diktats financiers : chantages à l’emploi, à la compétitivité, aux délocalisations, aux droits sociaux « insupportables », aux dettes publiques pourtant creusées par eux-mêmes, etc.

Chantage également à l’effondrement de la part des banques et des multinationales devenues « trop grosses pour tomber », le devoir des contribuables étant donc de les renflouer.

Docilement les politiques s’appliquent à alimenter le moteur attitré de la finance : « socialiser les pertes, privatiser les profits ».

Souvenons-nous des reniements de Mitterrand devant les « réalités » financières, du retour sur les nationalisations au bout de deux ans de règne.., de Chirac et de sa « fracture sociale » oubliée au bout de 15 jours, de Sarkozy qui tape du pied devant les banquiers… et surtout les caméras, d’Obama vite ramené à la raison puisqu’il a été élu par Goldman Sachs avant de l’avoir été par les citoyens des Etats-Unis.

Et des politiciens zélés nous imposant aujourd’hui une Europe néolibérale nous offrant, pour seule perspective d’avenir, une entente économique et monétaire sous la loi du libre-échange et de la « concurrence libre et non faussée ».  Cela, bien sûr, sous le contrôle des banques privées — qui ont maintenant le pouvoir de créer la monnaie.

Tout cela pour que les Etats puissent redistribuer les richesses… à ceux qui les ont déjà

(cf. le cercle du politique n° 4).

 

4 — Le financier, l’économique et le politique (n° 1, 2, 3 et 4) dictent le médiatique (n°5)

 

L’aller-retour incessant entre le politique et le médiatique (cercles 4 et 5) fait écran à la réalité et à sa compréhension. Sa fonction est de transformer le politique en spectacle et d’anesthésier la critique.

C’est aussi un spectacle aux ordres des employeurs — groupes bancaires et/ou industriels propriétaires des médias — qui peuvent pratiquer sans difficulté la censure économique.

Des flots de dollars inondent les mises en scène électorales en faveur des candidats des banques et des multinationales (Obama, les Bush, etc.). Une forme de mécénat d’artistes peut-être ? 

Le matraquage publicitaire omniprésent nous inflige le spectacle d’une consommation sans bornes et nous présente comme seul avenir possible un paradis de faux besoins, de concurrences et de frustrations.          

Cette propagande totalitaire accable un citoyen traité en nouveau-né et le barricade dans un monde clos peuplé de peurs et de pulsion, tel un nourrisson. Il n’a plus d’autre choix que de faire siens les deux préceptes du dogme néolibéral énoncés en leur temps  par Reagan et Thatcher :

« Il n’y a pas de limite » qui lui confère une toute puissance magique et illusoire [4]* ;

« Il n’y a pas d’alternatives » qui le voue en même temps à une impuissance absolue.

Le citoyen est objet, image et agent du dogme (cf. le cercle du médiatique n° 5).

 

 

5 —  Le financier, l’économique, le politique et le médiatique (n° 1, 2, 3, 4 et 5) dictent le culturel (6 et 7)     

                      

Le formatage néolibéral est tel qu’il nous faut désormais donner au mot culture deux acceptions opposées :

— d’une part il y a la culture au sens traditionnel du terme : un ensemble de valeurs collectives transmises par l’histoire et de règles du vivre ensemble construites dans le temps : réciprocité des droits, mémoire des luttes et résistances populaires, explications du monde, etc… (cf. le cercle de la mémoire sociale n° 6)* ;

     — d’autre part une culture de masse à usage individuel et promotionnel au sein d’une société de compétition. Les individus y sont réduits à des monades de producteur-consommateur, ils sont à la fois fondus dans la masse et isolés, à la fois identiques et en concurrence (cf. le cercle de la culture de masse n° 7)*.

    

En suivant dans le schéma les flèches à à de la circulation du pouvoir et de l’idéologie nous pouvons voir la résultante R des différents cercles de domination (1, 2, 3, 4 et 5) converger, en traversant et en fragmentant le champ de la mémoire sociale (6),  dans le cercle central de la monoculture de masse… cette dernière finit par s’y condenser dans le trou noir de l’oubli. La masse y atteint une telle densité qu’elle absorbe toute la lumière...

Et l’idéologie I en ressort renforcée pour circuler à nouveau vers le cercle extérieur où elle va conforter à nouveau le pouvoir financier.

Un espace R entre les cercles de ces deux cultures figure le champ de la

contradiction, de la critique et de la résistance à la monoculture (cf. le schéma n° 2 : l’agrandissement détaillé des deux cultures). 

 

 

 

SCHEMA  n°1-b : Trajectoire d’une crise financière et trajectoire d’une crise globale

 

1 — Trajectoire d’une crise financière (lignes a, i, b,)

 

Instaurée par convention entre parties, la monnaie est d’abord une question de confiance. La spéculation, quant à elle, fonctionne surtout sur la croyance : elle se nourrit d’une formule magique : « si ça a monté, c’est que ça monte et si ça monte, ça va monter encore plus, et si… »

         Or, depuis des décennies, des gains considérables de productivité ont été accaparés par le capital qui, dans le même temps, a préféré payer les producteurs avec du crédit, c’est-à-dire avec des dettes plutôt qu’avec des salaires — car il fallait bien que la machine à consommer continue de tourner. Les profits ainsi dégagés, augmentés les créances prélevées sur le bon peuple, se sont accumulés de façon astronomique.                                                                                                                                                                                                                                                                             Ces capitaux — dont la seule fonction est de produire toujours davantage de capitaux — ne pouvaient qu’alimenter une spéculation forcenée. Celle-ci, assortie d’échafaudages financiers de plus en plus alambiqués, s’est détachée de l’économie réelle. [5]*                                                                                                                                       Et la croyance a tourné au délire…

   … jusqu’au retour du principe de réalité. Par exemple :  les endettés ne peuvent plus rembourser, ou bien des scandales financiers éclatent, ou encore des espoirs de gains mirifiques s’écroulent, etc.). La croyance alors s’inverse et les valeurs s’effondrent encore plus vite qu’elles n’étaient montées (ligne a), provoquant dans leur chute des catastrophes économiques et sociales : faillites, licenciements, chômage, rognage des retraites, etc. (cf. traversée des cercles économiques 2 et 3).                                 

   Ces dégâts se répercutent alors dans le cercle du politique (4)  qui entre aussitôt en résonance avec le cercle du médiatique (5). Ces deux cercles sont alors pris d’une phase d’intense fébrilité (zigzag i i i) au cours de laquelle les politiques pratiquent l’exorcisme en mimant un pouvoir qu’ils ont, en fait, remis depuis longtemps entre les mains des financiers — Sarkozy en 2008 et Obama en 2010.

En faisant écran, cette agitation a pour but d’arrêter la trajectoire de la crise avant qu’elle ne pénètre le cercle de la mémoire sociale (6) — c’est-à-dire le champ de la prise de conscience et de la résistance — et à restaurer la confiance dans le système : afin que les gens ne soient plus tentés d’aller retirer leur argent des banques, de protester, ou d’organiser des alternatives.         

Ouf ! Sitôt le danger passé la finance, sauvée grâce au spectacle politique et aux effets d’annonce ainsi qu’aux milliards soutirés aux contribuables, la trajectoire s’inverse (ligne b) et traverse dans l’autre sens les cercles de l’économique (3 et 2).  Au passage, les financiers spéculent sur les dégâts qu’ils ont eux-mêmes provoqués : les faillites deviennent des opportunités ou l’occasion de fusions, de délocalisations, le chômage servant toujours à faire pression sur les salaires, etc.

La trajectoire (b) rejoint le cercle financier (1) … tout est en place pour la prochaine crise, qui sera pire.

 

 

2 — Trajectoire de la crise globale (lignes c, i’et d)

      

Consciemment ou non, financiers et politiques ont d’ores et déjà programmé cette prochaine crise, en utilisant les dommages causés par la crise précédente. Mais plutôt qu’à une crise il faut maintenant s’attendre à une conjonction, déjà effective, de multiples crises : financière, économique, sociale, politique et celle, transversale aux autres : l’écologique. Pour la première fois les capacités de la planète imposent des limites, probablement déjà atteintes, à un système qui ne peut survivre que par l’accumulation de capitaux et le toujours plus de production-consommation. 

Les effets de ces diverses crises se conjuguent ; ils ne se contentent pas de s’additionner, ils se multiplient les uns par les autres, accélérant et amplifiant les problèmes et les contradictions.

On peut choisir de détruire l’humanité pour sauver la planète — certains le proposent ! —, mais on ne pourra détruire la planète pour sauver l’humanité. C’est pourtant la pensée qui sous-tend l’idéologie du Progrès et de la Croissance, accompagnant l’illusion qu’un progrès social accompagne automatiquement le progrès matériel. Le progrès tenant lieu de civilisation.

La force de ces contradictions, l’absence de solutions à l’intérieur de ce schéma néolibéral, débouchent sur la crise globale. Elle naît comme la crise financière d’une hypertrophie du cercle financier à laquelle succède un retour du principe de réalité. Sa trajectoire (ligne c) traverse donc, en les entraînant vers le centre, les différents cercles de domination. Elle atteint très vite les cercles 4 et 5.

Or l’agitation politico-médiatique (zigzag i’i’i’) est désormais dérisoire et impuissante face à l’ampleur de cette crise et à la diversité des inquiétudes qu’elle suscite. Elle ne peut alors faire écran et inverser la trajectoire, la réalité crève l’écran. 

La crise atteint donc, pénètre et parcourt le cercle du culturel (n° 6), celui de la mémoire sociale, de la civilité, celui de la recherche (scientifique, philosophique, politique, artistique… ), lieu potentiel d’alternatives et d’élaboration de projets de société.

Les élites « responsables » : oligarques [6]*, banquiers, politiques, technocrates… se trouvent délégitimées. La société leur retire la confiance dont elle s’était dessaisie à leur profit, demande des comptes, met en question les structures de cette « démocratie » (élections, délégations, représentations…) qui l’ont réduite à l’impuissance *.

Elle retrouve ou invente des pratiques démocratiques différentes qui échappent à la politique-spectacle, les expérimente et cela dès aujourd’hui : autogestions ouvrières, monnaies locales, A.M.A.P.s [7] , associations de solidarités, alternatives de toutes sortes qui foisonnent…), ce faisant  la société développe ses capacités d’auto-organisation.

A partir d’un certain seuil ce foisonnement génère une pression difficile à censurer, sur le médiatique (5) puis sur le politique (4), commence à peser sur les décisions économiques en faveur de la consommation nécessaire (3) et au détriment de la surconsommation (2), du chiffre d’affaires et des actionnaires. Les capitaux pharaoniques ne savent plus ni où, ni comment s’investir pour s’accroître. La Bourse n’étant plus porteuse d’espoir de gains s’étiole…   

L’argent ne travaille plus !

La trajectoire de la crise globale (lignes c, cc, ccc ) émerge hors de l’emprise financière et commence à encercler à son tour, en pointillé, le cercle financier (1) et le tour est joué… ou presque.

  

N.B. Le juridique et l’écologique ne figurent pas dans le schéma car ils sont transversaux aux autres cercles.  Chacun d’eux mériterait un schéma.   

           

                                                     

SCHEMA  N ° 2 : Détail du centre du schéma n ° 1-a

 

 028

 

Rappelons les deux acceptions que nous donnons au mot culture :

— Dans le cercle n°6) de la mémoire sociale, il s’agit de la culture au sens traditionnel du terme : un ensemble de valeurs collectives transmises par l’histoire et de règles du savoir-vivre ensemble et construites dans le temps : réciprocité des droits, mémoire des luttes et des résistances populaires, explications du monde, etc…

— Au centre, le cercle n° 7 de la culture de masse représente, lui, une culture à usage individuel et promotionnel au sein d’une société de compétition. Les individus y sont réduits à des monades de producteur-consommateur à la poursuite de leur intérêt particulier.

  Le titre et l’aspect réducteur du schéma pourraient faire penser à un point de vue manichéen — le Bien étant opposé Mal. En fait notre volonté est de rendre visibles une série de contradictions en restant conscients que celles-ci peuvent se jouer à l’intérieur d’un même ensemble comme à l’intérieur de chacun de nous, entre l’individu et la personne, entre l’égoïsme et la socialité, entre la pulsion d’appropriation et la pulsion de don.*

La mémoire sociale est le champ de la culture populaire et de la culture savante (le cercle 6), toutes deux sont tournées vers la recherche et la quête de sens et se nourrissent l’une de l’autre.

   Elles seules sont à même de construire un projet de société.

Le rapport à l’autre fonde la culture populaire, elle appartient à tous et tisse le lien social par le partage du savoir et de l’expérience. Elle reflète une réalité historique collective. La différenciation s’y fait sur des critères qualitatifs et non quantitatifs.* La valeur d’usage n’y est pas sacrifiée sur l’autel de la toute-puissante valeur d’échange.

La personne consciente de ses droits et de ses devoirs y assume sa place dans la collectivité, son intérêt particulier ne se détache donc pas de l’intérêt commun.

Mais l’idéologie néolibérale (cercle 7) fait de la culture un champ de bataille — plutôt qu’un chant d’amour ! —, elle y dispose d’un arsenal d’armes de destruction massive qui méritent un inventaire.

Les blocs avancés (les carrés du cercle 7) se meuvent dans le champ intellectuel et culturel comme des blindés dans la campagne.

Face à eux des forces de la mémoire sociale se solidarisent, « montent au front » pour exercer une critique active, convergent dans des pôles de résistance (les arcs de cercle de la zone R). Le schéma présente donc une zone R d’opposition entre les deux cultures (cercles 6 et 7), lieu des contradictions qui traversent pratiquement toutes les activités culturelles.

Un inventaire même partiel des armes néolibérales révèle que la bataille va être rude, en voici quelques-unes :

— le déracinement, la déterritorialisation des cultures vivantes et leur démembrement ;

— la monétarisation de tous les échanges, l’argent tenant lieu de langage ;

— la rupture du temps long, de l’histoire, de la transmission d’une génération à l’autre ;

— la dépersonnalisation, la réification de l’individu, la destruction du lien social et du respect de l’autre ;

— l’effacement du producteur et des processus de production derrière les écrans et la publicité et par la distance entre l’usager et le producteur réel ;

— la rupture du temps long, de l’histoire, de la transmission d’une génération à l’autre ;

— les ruptures du temps court, découpé par la machine, le harcèlement de la perception, l’instantané, le zapping ;

— la perte de sens par la mise en spectacle, hors contexte, le formalisme, le vedettariat ;

— l’appropriation du savoir par le brevetage, la propriété intellectuelle, le savoir fossilisé ;

— le scientisme ;

— l’urbanisation ;

— le tourisme et les loisirs industriels ;

­— la casse de l’enseignement public ;

— l’impuissance à construire l’histoire et sa propre histoire.

 

Détaillons un bloc qui nous touche  de près : l’entreprise de confusion intitulée « art contemporain ».

Nous désignons par le label Art Contemporain — A.C. —, un réseau mondialisé de financiers, d’officiels de l’Art avec leurs médias et leurs troupes qui, armés de logos intellectuels tels que Concept, Decept, Minimalisme, White-Cube, Tabou, Choc et même Vie… évacue la pratique artistique et ceux qui s’y consacrent.

Monde clos, autosuffisant, immuable, qui s’alimente de la « fin de l’histoire ».

Il ne connaît ni la contradiction, ni le renouvellement.

Il aura donc une place de choix dans le cercle 7 de la monoculture de masse et de ses « élites » — en opposition au cercle 6 de la culture populaire et de la culture savante qui se nourrissent de la mémoire sociale.

Par contre, la double ambiguïté des termes « art » et « contemporain » permet de faire croire à une communauté artistique imaginaire qui existerait aujourd’hui et à l’appartenance de laquelle un artiste vivant devrait se référer pour briguer son statut d’artiste — et ce alors même que son propre projet artistique l’en exclut.

Pris dans ce piège, soit il intègre et refoule cette contradiction en « artiste maudit », soit il l’exprime en Artiste — avec un grand « A » — par des œuvres opportunément scandaleuses à l’intérieur de cette fausse communauté ou par des mises en scène de sa révolte individuelle, simulacres de Liberté sans autre conséquence que de servir de caution à ce qui l’opprime.

L’ A.C. réalise le miracle d’englober ceux qu’il exclut et c’est seulement de l’extérieur de ce cercle (7) que l’artiste pourra socialiser sa contradiction, dans le champ R.

Pourquoi pas dans un collectif d’artistes ?

Après ce cas d’école nous pouvons jouer à remplir d’autres cases…

 

 

SCHEMA n°3 : Les cercles du devenir, ou l'encerclant encerclé

 

030


       Une fois inversé et remis à l’endroit l’ordre des cercles, nous renouons avec l’aventure de la civilisation.

       Le cercle du culturel (C) est tissé par nos rapports à l’autre et par leurs mises en forme (codes, langages, comportements...). Son histoire a dessiné une multitude d’ensembles sociaux (jusqu’ici liés à des territoires) et elle continuera de dessiner notre société.

        C’est alors le culturel qui imprègne et détermine à nouveau le cercle (P) du politique, ce dernier est maintenant en charge de structurer démocratiquement les rapports sociaux et d’exécuter les décisions qui en émanent.

       Le politique va donc définir les enjeux du cercle (E) économique : ceux de la production, de la redistribution des richesses et de l’échange des biens et des services.

       Le cercle financier (F) dépendant des autres cercles voit son rôle réduit à émettre une monnaie qui redevienne seulement une convention commune et commode pour faciliter les échanges, sans  plus, sans valeur propre.

       Les cercles, excentrés, se rejoignent et se recomposent dans le champ de la démocratie (D) pour aborder une nouvelle trajectoire…

 

    …le monde tel qu’il est aujourd’hui est une réalité inventée, construite par les humains au fil du temps. La façon dont les sociétés comptent et représentent leurs richesses fait partie de ces constructions humaines qu’il est possible de changer.

        Nous ne sommes pas dans un monde extérieur à nous. Il faut rompre avec l’idée qu’on n’y peut rien…    

 

Claude Rédélé

 

 

Notes

  [1] En Juillet 1944, à Bretton Woods, quarante pays ont redéfini les règles de la finance mondiale pour éviter les crises et les risques de guerre... Le 15 aout 1971, Nixon décide unilatéralement de supprimer la convertibilité du dollar en or… Les accords de Marrakech en 94 mettent fin au contrôle des changes et institue l’Organisation Mondiale du Commerce…

[2]  Cf, La stratégie du choc ; somme historique très documentée allant des années 1970 à 2006. Un calendrier indispensable des « chocs » et de leur exploitation par les néolibéraux. Travail fourni par Naomie Klein et différents collectifs dans les pays concernés.

[3] Les 10 premières fortunes détiennent plus de 340 milliards de dollars, plus que le PIB de 21 pays pauvres, soit 800 millions d’habitants. (80 millions chacune !) — selon le rapport Forbes. 

[4] Toute-puissance que l’Artiste Contemporain est en charge d’incarner et de glorifier : « …j’ai plutôt l’impression que l’artiste contemporain est le dernier individu dans notre société à jouir des privilèges d’un dieu… Créateur omnipotent tout lui est permis. L’artiste n’a plus aucune contrainte à exercer sur lui-même. Il peut donc exposer ses excréments ou cracher en l’air en déclarant : c’est de l’art. »  Jean Clair, Le Monde, avril 2010.

[5] Relativement stable jusqu’à la fin des années 70 « le total des actifs financiers, qui vaut 110% du PNB mondial en 1980, atteint 346% en 2006 » … « le secteur financier s’approprie 40% des profits totaux américains en 2007, contre 10% en 1980, alors qu’il ne représente que 5% de l’emploi salarié ». André Orléan, économiste, Le Monde du 30 mars 2010.

            Dans le même temps l’indice boursier Dow Jones passe de 1 000 à 14 000 en 2008. (source : Dow Jones & Compay — www.dowjones.com). 

[6] Oligopoles : quelques vendeurs pour une multitude d’acheteurs.

[7] * AMAP, Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne : partenariat entre producteurs et consommateurs par abonnement pour un panier par semaine de produits fermiers (1600 en France ?).

 

 

 

N.B. Ce texte est en cours de travail - Les lecteurs intéressés sont invités à contacter l'auteur via la revue Ecritique (ecritique@orange.fr) pour lui faire part de leurs remarques et commentaires.

 

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