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LE CONFLIT D'INTERET EVELE AU RANG DES BEAUX-ARTS

Christine SOURGINS

 

 

    Beaubourg achète de l’immatériel mais refuse de rendre public le prix d’achat ; les « coproductions » et les « expositions de prestige » consacrant des collections privées se multiplient dans les lieux publics ; le ministère propose de passer de la « culture pour tous à la culture pour chacun ». Le conflit d‘intérêt est-il le fil rouge qui relie ces vicissitudes de l‘art officiel ?

  

Inflation sur l’immatériel

    Fred Forest a publié sur son site, Webnetmuseum.org, une "lettre ouverte à Alain Seban, président du Centre Pompidou" pour lui demander d’avouer dans quelles conditions a été achetée en 2010 l'oeuvre de Tino Segahl « This situation ». Fred Forest en 1997 avait perdu son procès contre le centre Pompidou devant le conseil d’Etat : il demandait la publication du prix d’achat des œuvres d’Art très contemporain, payés avec l’argent du contribuable. Mais le principe de transparence des finances publiques avait été bafoué, l’Art dit contemporain, l’AC, se révélait ainsi au dessus de la démocratie.

    Tino Sehgal, grande pointure de l’AC réalise des œuvres immatérielles, des situations interprétées par des acteurs qui, par exemple à la galerie Marian Goodman en 2009, discutaient de thèmes proposés par lui. A Beaubourg on manque de sujets de conversation, le musée est donc rentré en contact avec la galerie pour acquérir ces papotages. Généralement, une œuvre conceptuelle consiste en un protocole de montage avec un mode d’emploi, rédigé par l’artiste, document payé à prix d’or par nos musées. Mais Tino Sehgal va plus loin et prétend à une oralité pure : aucune trace écrite, ni photo, ni enregistrement, l’immatérialité absolue. Un artiste radical, un PUR ![1]

    « Cet achat a fait l'objet d'une rencontre orale, le 20 avril 2010, chez un notaire, explique Alfred Pacquement, directeur du musée parisien. Il y avait l'artiste, un conservateur du MNAM, un représentant de la galerie Marian Goodman, et moi-même. L'artiste a énoncé les règles qui régissent l'oeuvre pour que nous les ayons en mémoire et que nous puissions ensuite les consigner dans un dossier conservé au musée. » [2]
    Sehgal ne délivre pas de certificat pour garantie d'authenticité, l'acheteur paye en liquide et ne reçoit aucun reçu, seul le témoignage d'un notaire formalise la vente ! Un établissement public peut-il mener une transaction financière sans reçu, alors que le fisc poursuit tout contribuable qui perd un justificatif ? Alfred Pacquement se défend d’avoir contrevenu aux règles bureaucratiques. Mais alors, rétorque Fred Forest, si une facture a été remise à Beaubourg, l’œuvre orale, immatérielle absolue, est dénaturée, la transaction devient une "grave escroquerie intellectuelle et morale". Pire, elle perd, avec sa légitimité, « toute valeur marchande ».

 

...

 

la suite dans le numéro 12



[1] Beaubourg réalisait au même moment une grande exposition sur le vide et l’œuvre de Tino Sehgal était signalée dans notre article "La saga du vide à Beaubourg " - voir Ecritique n°9 p.12 à 17.

[2] Cité par Michel Guérin, le Monde du 16.01.11.

 

 

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